2026 est pour moi une année particulière.
Cela fait dix-huit ans que j’ai repris INTERPRÈTES DE CONFÉRENCE (et vingt-sept ans que je navigue dans cette belle profession), au service des interprètes et de leurs clients. Un parcours fait de rencontres, de voix, de sens, … et de choix. Parmi eux, celui initial d’avoir quitté le monde politique – peut-être pour mieux le servir aujourd’hui.
Dix-huit ans, c’est un cap symbolique : ma société devient majeure. Et à l’occasion de cette majorité, j’ai envie de prendre davantage la parole et d’ouvrir des espaces de réflexion.
Aujourd’hui comme à la fête de fin d’année d’ INTERPRÈTES DE CONFÉRENCE à l’ ESPACE SAINT ANTOINE, j’ai envie de parler LOGOS.
À l’heure de l’IA et des modèles expérimentaux d’interprétation simultanée, où une machine « écoute » un discours dans une langue et en restitue quasi instantanément une version dans une autre, en générant même une voix qui imite celle de l’orateur, il est essentiel de poser les vraies limites, ou devrai-je écrire la vraie limite : l’IA analyse des sons, identifie des mots, calcule des probabilités et arbitre ; elle reproduit des phrases grammaticalement correctes (ou pas), mais ne saisit ni le contexte, ni les intentions, ni l’émotion, ni l’humour, ni les nuances culturelles. Ce qu’elle produit est vide de sens, de force et de résonance.
Le langage ne se réduit pas à une performance technique. Chez les Grecs anciens, le langage vise l’ESSENCE : ce qu’une chose est en vérité. Là où la machine traite des signes, les interprètes incarnent le LOGOS : la compréhension, la raison, le lien entre les êtres humains. Ils transmettent non seulement des mots, mais aussi des intentions, des émotions et une responsabilité.
Chez les philosophes grecs, le logos est précisément ce qui fait que l’humain est humain. Chez Héraclite, il est l’ordre vivant du monde, ce qui relie les êtres entre eux. Plus tard, Hannah Arendt rappellera que la parole n’est pas un simple outil de communication, mais ce qui nous permet d’apparaître aux autres, d’exister dans l’espace commun, de faire monde ensemble.
Le logos, ce n’est donc pas seulement parler. C’est comprendre, relier, donner sens, assumer une responsabilité vis-à-vis de l’autre. C’est ce qui fait notre force, notre humanité, notre vie.
Dans ma profession également – celle de faire travailler les meilleurs interprètes de conférence de la place dans les meilleures conditions possibles – je n’entends être guidée que par ce principe.
Dix-huit ans plus tard, dans un monde de plus en plus fragmenté, automatisé, souvent pressé et parfois désorienté, où l’urgence l’emporte trop souvent sur l’attention, je revendique une boussole simple et exigeante, fondée sur deux principes : le LOGOS et la BIENVEILLANCE.
Et je choisis délibérément de me soustraire à tout ce qui cherche à nous réduire à un monde déshumanisé. À des flux sans sens. À des performances sans présence.
Pour 2026, je nous souhaite des échanges plus humains, des paroles plus incarnées, du sens, de l’écoute, et du lien.
Et la capacité, toujours renouvelée, de faire du langage un lieu de rencontre.
Très belle année à toutes et à tous.
Sandrine Strauch, gérante